Pendant plus de 75 ans, Pluton a occupé une place particulière dans notre imaginaire : celle de la neuvième planète du Système solaire. Mais en 2006, tout a changé. Loin d’être un simple détail de classification, son déclassement raconte une véritable révolution dans notre compréhension du Système solaire.
Découverte par les calculs… confirmée par l’observation
La découverte de Pluton ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans la continuité d’une démarche déjà utilisée par le français Urbain Le Verrier pour découvrir Neptune au XIXᵉ siècle : chercher une planète invisible grâce à ses effets gravitationnels.
Au début du XXᵉ siècle, certains astronomes pensent qu’une planète encore inconnue, appelée « planète X », perturbe légèrement les orbites d’Uranus et de Neptune.
@GettyImages
L’astronome américain Percival Lowell consacre plusieurs années à calculer la position probable de cet objet hypothétique. Il lance alors un programme d’observation systématique du ciel.
Après sa mort, le projet se poursuit et un jeune astronome, Clyde W. Tombaugh, reprend les recherches.
Plutôt que de tenter d’observer directement la planète (trop faible pour être vue à l’œil), Tombaugh utilise une technique photographique.
Il prend des photos du ciel à quelques jours d’intervalle puis il compare ces images avec un appareil appelé
« comparateur à clignotement » :
les étoiles restent fixes, mais un objet en mouvement « saute » d’une position à l’autre, et c’est exactement ce qu’il observe en février 1930 : un petit point lumineux se déplace lentement sur le fond d’étoiles. Pluton vient d’être découverte.
Fait intéressant : Pluton n’est pas exactement la planète prédite par les calculs de Lowell. Elle est en réalité beaucoup trop petite pour expliquer les supposées perturbations des planètes géantes. On découvrira plus tard que ces anomalies étaient dues à des erreurs de mesure. En quelque sorte, Pluton a été trouvée au bon endroit… mais pour de mauvaises raisons.
Une planète pas comme les autres
Avec le temps, les astronomes comprennent que Pluton est très différente des autres planètes : elle est beaucoup plus petite (plus petite que la Lune terrestre) et son orbite est très inclinée et excentrique.
@ASM/G.Bessou/NASA
De plus, elle appartient à une région lointaine appelée la ceinture de Kuiper. Cette zone est peuplée de nombreux objets glacés, vestiges de la formation du Système solaire. Et c’est là que les choses commencent à se compliquer…
En effet, à partir des années 1990, les astronomes découvrent de plus en plus d’objets similaires à Pluton dans la ceinture de Kuiper. En 2005, un objet nommé Éris est identifié, et il est comparable, voire légèrement plus massif que Pluton.
Un dilemme apparaît alors : soit on ajoute de nouvelles planètes (et la liste pourrait devenir très longue), soit on redéfinit ce qu’est une planète.
2006 : la décision officielle
Le 24 août 2006, le 26ème congrés de l’Union Astronomique Internationale (UAI) se réunit à Prague et les débats aboutissent à une redefinition des corps du système solaire.
Elle définit officiellement trois critères pour qu’un objet soit une planète :
- Être en orbite autour du Soleil ;
- Avoir une forme sphérique (équilibre hydrostatique) ;
- Avoir nettoyé son voisinage orbital.
Pluton remplit les deux premiers critères… mais pas le troisième, car elle partage son orbite avec de nombreux objets de taille comparable.
Résultat : Pluton est reclassée comme planète naine, catégorie qu’elle partage désormais avec Éris, Cérès, Makémaké et Hauméa.
@IAU/Robert Hurt(SSC)
Le débat continu
Le déclassement de Pluton n’a pas fait l’unanimité, surtout pour les américains, Pluton étant la seule planète découverte de ce coté de l’Atlantique.
Certains scientifiques estiment que la définition de planète est trop restrictive. D’autres soulignent qu’elle reflète mieux la réalité du Système solaire, désormais connu comme beaucoup plus riche et complexe qu’auparavant. Pour ces derniers le déclassement de Pluton n’est pas une rétrogradation, mais une avancée scientifique.
Aujourd’hui encore, le débat reste ouvert dans la communauté scientifique… et dans le cœur du public.
Et grâce à des missions comme New Horizons, Pluton reste l’un des mondes les plus captivants que nous ayons explorés.
@New Horizons / NASA

